La semaine dernière, nous avons découvert et décrypté les codes de l’exploration urbaine et rurale grâce au témoignage de Laurent, passionné de rurex.

Suite logique, j’accueille aujourd’hui Jérémy Marais, photographe en milieu urbain dans une nouvelle podcast.
Jérémy nous parle de sa passion de l’exploration urbaine et de l’Histoire. Photographe autodidacte, c’est avec beaucoup de plaisir que nous avons échangé ensemble sur son parcours. Éducateur spécialisé pendant plusieurs années, Jérémy a fait le pari de vivre de sa passion. Il nous raconte son formidable travail de collage photographique réalisé au Mexique lors du Festival IFAP (International Public Art Festival).

 

J’ai découvert un homme plein d’humanité, humble et généreux.

Jérôme : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel interview. Aujourd’hui j’accueille Jérémy Marais, c’est par l’intermédiaire du graffeur parisien Stew que j’ai fait la connaissance de Jérémy, j’ai découvert un passionné de photo. Et surtout, j’ai découvert un homme qui porte ses valeurs au quotidien et dans ses projets. C’est ce qui m’a donné envie d‘aller voir d’un peu plus près ce qu’il faisait.
Alors Jérémy,  je suis très heureux de te rencontrer aujourd’hui et une question toute simple pour commencer comment tu vas?

 

Jérémy : ça va ça va,  je te remercie et toi?

 

J : Ça va.

Est-ce que tu peux te présenter un peu?

 

J: Je suis Jérémy, je suis photographe depuis à peu près 7 ans  Et depuis peu, je me suis lancé à 100% dans la photographie. Je me suis spécialisé dans l’exploration de lieux laissés à l’abandon parce que je suis un grand passionné d’Histoire. Avec mon travail d’éducateur spécialisé et au travers des maraudes au sein des SAMU sociaux, j’ai découvert énormément de lieux laissés à l’abandon et ça m’a donné envie d’en savoir un peu plus et d’explorer finalement des facettes de ville que l’on ignore.

A côté de ça, au mois de septembre 2017, je suis arrivé dans mon nouveau studio et là j’ai fait la rencontre justement de nombreux graffeurs et de street artistes qui m’ont ouvert une nouvelle voie dans mon travail.

J’étais à la recherche d’un nouveau médium pour montrer mes photos, pour montrer mon travail. Je n’avais pas envie de montrer mon travail seulement en galerie et c’est comme ça que j’ai commencé à découvrir le milieu du street art et du collage.

 

J : En fait tu es un peu comme moi, tu as démarré par l’intermédiaire de ton boulot à exercer ta passion.

 

J : C’est ça. J’étais éducateur spécialisé et je ne connaissais absolument rien à la photographie. C’est dans le cadre de mon travail que j’ai commencé à animer un atelier de photographie auprès de personnes avec un handicap. Je me suis dit que ça m’intéressait énormément, je pensais avoir quelques prédispositions pour le faire et voilà au jour d’aujourd’hui je suis passé 100% photographe.

 

J : Qu’est-ce que ça t’a apporté de faire ça avec ce public ?

 

J : Je travaillais avec des personnes qui ont eu des accidents de la route, des AVC ce genre de choses, et je me suis aperçu que la photographie permettait aux gens d’avoir un esprit critique, et de donner cette capacité de prendre des initiatives, de prendre leur vie en main. Cela permet aussi de se lancer, de découvrir aussi ce qui les entoure. Ce sont souvent des personnes qui deviennent inactives et la photographie permettait justement de sortir du train-train quotidien et d’aller explorer, redécouvrir une ville sous un autre angle.

Industrial Times photo de Jérémy Marais

J : Et  tu disais, ton autre passion c’est l’exploration urbaine. Comment cette passion t’es venue ?

 

Jr : Comme je le disais tout à l’heure, en gros j’étais éducateur spécialisé pendant 5 ans au  Samu social avec une équipe de rue pour aller rencontrer des personnes sans domicile fixe. J’ai découvert une partie de la ville autrement. C’est-à-dire qu’on passe devant des bâtiments pour aller au travail, pour se balader, pour aller dans les centres commerciaux sans s’apercevoir que toute une partie de la ville peut être laissée à l’abandon ou simplement en rénovation. Le fait d’aller rencontrer des personnes sans domicile ça m’a donné envie d’en savoir plus et d’explorer certaines facettes de nos villes que l’on ignore.

 

J : Je change de sujet, tes débuts dans la photo ça ressemble à quoi ?

 

J : Ça ressemblait à beaucoup d’expérimentation, j’utilisais beaucoup Internet parce que j’ai appris la photo avec des tutos. Je me suis vraiment formé en autodidacte. J’ai pas fait d’école d’art, j’ai pas eu de diplôme de photographe ou de graphiste. Il y a eu beaucoup de recherches et de l’expérimentation. Des expériences aussi, des tentatives et parfois des tentatives bien loupées (rires)

D’ailleurs parfois c’est amusant quand je revois le travail que j’ai pu faire au début par rapport à ce que je fais maintenant, je me demande comment j’ai pu faire ça d’ailleurs (rires de nouveau)

Mais c’est aussi ce que j’apprécie et qui est très sympa puisqu’il n’y a aucune contrainte extérieure et je me suis lâché.

 

J: Oui, tu as osé en fait, tu as continué et persévéré.

 

J: Oui. Et ensuite, j’ai fait partie d’un club photo. Ce club m’a permis d’acquérir certaines bases. J’ai pu mettre des mots et des techniques sur des expériences que j’avais fait. J’avais trouvé certaines lignes directrices par moi-même mais le fait de participer à un groupe photo m’a permis  d’être pris sous l’aile de certains photographes, ce qui m’a fait énormément progresser.

 

J: Tu vois, lorsque j’ai publié le premier article qui explique et montre ce qu’est le light painting, les premiers retours que j’avais eu c’était :  “je n’arriverai pas à faire du light painting je vais louper”… Et j’expliquais qu’il y en a plein des loupés. Et avant d’avoir une bonne photo il y a forcément une quinzaine, voire une vingtaine de photos qui sont loupées. Donc ce que tu dis me parle beaucoup.

Tu m’as dit aussi que maintenant tu es photographe. Tu t’es lancé récemment, qu’est-ce qui t’a donné envie me passer à 100% sur la photo?

 

J: C’est le temps ! Le besoin de temps. J’ai une démarche en tant que photographe qui est aussi artistique. J’ai beaucoup de mal à travailler sur commande. D’autant plus que mes photos d’exploration sont compliquées parce que premièrement ça demande des finances assez importantes. C’était donc un vrai risque de quitter mon ancien travail.

Mais en même temps, il y a un gain de temps et je fais ce que j’aime c’était pour moi quelque chose d’important. Je sais que c’est un gros risque, un gros risque exclusivement financier d’ailleurs, mais j’avais pas envie d’être freiné par cette question-là.

Et j’ai quand même gardé cet esprit éducateur avec mes photos. Je retourne de temps en temps refaire des ateliers photos et ça me permet de découvrir d’autres fibres relationnelles avec d’autres personnes.

 

J : Tu gardes cette double casquette quand même…

 

J : C’est ça

 

J : Tu as parlé du collage tout à l’heure, est-ce que tu peux parler un peu plus de comment tu procèdes ?

 

J : Alors moi le collage, je n’y connaissais absolument rien au début. Je cherchais un médium pour faire ressortir mes photos du cadre et du cadre au sens propre d’ailleurs.

(On éclate de rire car les fils du casque de Jérémy sont en pleins devant l’écran)

 

Les photos basiques sont souvent dans des cadres et dans des galeries ce qui limite énormément, de mon point de vue, la visibilité pour les personnes.

J’avais ce sentiment que les photos, c’était une activité qui restait élitiste. C’est vrai que tout le monde n’a pas forcément le réflexe d’aller dans des galeries voir des expos photos ou ce genre de choses.

En partant de ce postulat, j’ai cherché un moyen de diversifier le médium pour montrer à plus de gens ce que je faisais. Et c’est vraiment en arrivant dans un studio et en faisant la rencontre de Stew et  d’autres street artistes que l’idée du collage est venue.

Puis, j’ai commencé vraiment à réfléchir à ce que je pouvais faire et quel message aussi je pouvais passer à travers ça, puisque mon idée n’était pas seulement de montrer ma photo et de la coller sur un mur. Il n’y a pas forcément un sens à cela. J’ai commencé à travailler sur Breaking the wall. Mon idée était de montrer que derrière les murs et notamment derrière les murs que l’on voit presque tous les jours, il peut y avoir quelque chose d’extraordinaire. J’ai vu des sites industriels absolument fantastiques laissés à l’abandon, chose que je n’aurais jamais pu imaginer.

Et je travaille sur des choses un peu plus abstraites :  pour moi l’idée de passer à travers les murs c’est aussi “nos murs à nous-même”. Il ne faut pas s’arrêter à des obstacles, il faut dépasser nos limites comme par exemple pour moi le fait de passer à 100 % photographe. C’est un peu ça, j’ai brisé le mur que représente l’obstacle financier et je suis passé à travers.

 

J : Et dans une atmosphère tendue dans la société, ton message fait complètement écho à ce que tu dis et que tu recherches finalement…

 

J : J’ai eu l’exemple lorsque j’ai fait mon tout premier collage au Mexique durant le festival IFAP (International Public Art Festival).  Un festival international de street art où mon idée justement était de … briser un mur.

Je ne pouvais pas le faire en vrai. Alors, j’ai repris ce que j’avais fait dans un site industriel avec mur qui était extrêmement abîmé, voir quasiment détruit. J’ai repris des tunnels de la Petite ceinture de Paris et j’ai glissé ces deux photos un peu comme un trompe l’oeil pour donner le sentiment que le mur a été brisé. Comme si un tunnel s’était ouvert dans ce mur.

Une des personnes est venue discuter avec moi lorsque j’ai installé la photo. C’est une personne mexicaine, et elle m’expliquait que c’était très intéressant comme concept parce que eux font face dans l’actualité au contraire à quelqu’un qui voulait monter un mur finalement. C’est vrai que lorsque j’ai construit mon image j’ai eu cette idée de vraiment briser les murs mais je n’ai pas du tout pensé à la répercussion que cela pouvait avoir de faire ce type de projet au Mexique avec l’actualité de Trump qui souhaite monter un mur entre les États-Unis et le Mexique.

Le retour de cette personne m’a énormément touché.

Photo du collage de Jérémy Marais collage en cours de réalisation – Photo @yoshi_travel_films

J : Oui j’imagine (je suis un peu troublé par ce que vient de me raconter Jérémy)

Comment as-tu été contacté pour ce festival car c’était le premier gros festival auquel tu participais?

 

J: (Rires). Et mon premier collage. (Rires ensemble)

En fait, j’ai eu de la chance d’avoir une amie qui travaille avec STEW et d’autres street artistes. Elle était en lien déjà avec les organisateurs de ce festival et une semaine avant le festival elle m’a appris qu’un artiste s’était désisté. Il y avait donc une place disponible et si j’étais prêt à relever le défi la place était pour moi. J’ai mis en pratique ma théorie, je ne  me suis pas retenu, je me suis lâché, je suis parti pour le Mexique.

Photo du collage en cours de réalisation au Mexique – Photo @yoshi_travel_films

J : Quel était ton état d’esprit avant d’y aller ?

 

J : Gros stress !!! (Rires). Gros stress parce que le mur faisait 14 m de long. Mais j’avais décidé de me lancer : une fois qu’on a pris sa décision on assume et on fait !

 

J : Et plein de rencontres pendant ces 15 jours…

 

J : Oui plein de rencontres ça c’est extraordinaire j’ai rencontré des street artistes ou les personnes qui vivent à Monterrey. J’ai passé vraiment une semaine formidable.

Photo du collage de Jérémy Marais – Photo @yoshi_travel_films

J : Quelles sont tes sources d’inspiration, on a parlé de Stew, est-ce que tu as d’autres sources d’inspiration au niveau des photographes ou des artistes plus généralement ?

 

J : Ça c’est vraiment le gros défaut de  m’être formé en autodidacte. Du coup, j’ai très très peu de culture dans la photographie ou dans le milieu du street art. Pour être honnête, jusqu’à ce que je rencontre certains amis qui m’ont fait venir au festival il y a 2 ans, je n’avais aucune connaissance du milieu du street art. Je voyais des graphes dans la rue, ce genre de choses, certains me plaisaient, mais c’est pas pour autant que je me suis vraiment intéressé et c’est vraiment un milieu que j’ai complètement découvert de A à Z.

 

La véritable inspiration c’est le temps. Le temps qui passe. J’ai grandi dans une ville à proximité de la mer et d’une grande forêt. Je me suis vu évoluer pendant que cette mer et cette forêt évoluent très peu… ou en tout cas une évolution différente de la nôtre. Cela m’a  énormément questionné sur la place de l’être humain dans ce temps qui passe et c’est quelque chose que j’essaye de faire ressentir au maximum dans mes photos.

Je veux voir cette marque du temps qui se déroule au fur et à mesure et finalement qui amenuise tout ce que l’on fait.

 

J : C’est finalement plutôt la nature et les éléments de la nature qui t’inspirent.

 

Pour finir peut-être Jérémy pourrais me parler de tes projets pour cette année et comment tu vois l’année 2018

 

J : L’année 2018 ça va être l’année du grand changement puisque j’ai obtenu un visa de 2 ans pour le Canada. Ce n’était pas du tout prévu. C’était la dernière année pour que je puisse faire une demande de ce genre. J’ai décidé de ne pas avoir de regrets (toujours pareil) en faisant cette demande, sans me douter que j’allais l’obtenir. Le fait de l’obtenir maintenant, je trouve ça très intéressant pour poursuivre mes projets d’exploration au Canada.

J’ai un gros gros projet qui va lier ma passion de l’Histoire et de l’exploration urbaine. Je vais retracer le parcours des pionniers à la recherche d’or au Canada. Ce sera en quelque sorte un reportage photo qui va lier de la randonnée, de la photo de paysage et de lieux laissés à l’abandon.

 

J : Effectivement un gros projet pour 2018 au Canada…

 

Merci beaucoup Jérémy, je te souhaite une très bonne continuation pour la suite. 

 

Je vous mets l’adresse du site de Jérémy : http://jeremymarais.com/

A bientôt pour de nouvelles aventures. En attendant, portez vous bien 😉