Pour ce premier interview réalisé au mois de février, j’ai choisi d’aller interviewer, l’artiste parisien Stew. Cet artiste utilise beaucoup le pochoir dans ces oeuvres, et c’est une technique que j’affectionne particulièrement. Nous avons parlé de pochoirs évidemment, street art, de la rue à la galerie, sources d’inspirations et de projets. Mais surtout j’ai pu constater qu’au delà de l’artiste, j’ai découvert un homme avec de belles valeurs, ouvert et accessible. J’ai eu beaucoup de plaisir à échanger avec lui pendant 20 minutes. C’est donc avec beaucoup de joie que je vous fait partager cet entretien.

 

Jérôme: Salut Stew, avant de l’interview, comment tu vas ?

Stew: Salut Jérôme, ça va bien, un peu froid malgré le temps, comme tu peux le voir à l’atelier il caille, j’ai le bonnet, l’écharpe, mais ça va. (En effet Stew est emmitouflé).

Stew Street art Héron bleu 13ème arrondissement Paris

Fresque du Street artiste Stew à Paris le Héron Bleu photo juil 2015 @vidos – street-art-avenue

Jérôme: Merci de m’accorder ce premier interview pour mon blog posethelight.com. Tu es street artiste et pochoiriste à Paris (mais pas seulement à Paris). C’est toi notamment qui a fait le Héron Bleu dans le 13ème arrondissement de Paris et je voulais échanger avec toi pour ce premier interview parce que tu utilises énormément le pochoir dans tes créations et le pochoir c’est l’une de mes thématiques dans mon blog. Avant de te présenter un peu plus, je voulais que tu racontes un peu comment j’ai pris contact avec toi.

S: Alors, c’est sur les réseaux sociaux, je dirais pas le nom du réseau social, on va pas faire de pub. Tu m’as contacté et c’était plutôt sympa en m’envoyant un petit message avec une photo d’un de mes pochoirs que tu avais toi-même découpé et en me montrant une image de light painting avec ce pochoir et si ça ne me dérangeais pas que tu utilises un de mes pochoirs . J’ai trouvé ça plutôt sympa et il n’y a pas d’intentions commerciales, je trouvais ça cool.

J: C’est exactement ça, j’ai commencé à faire des pochoirs en light painting. Et je trouvais excellent ton pochoir du colibri, il est bien à couper, et c’était une de mes premières réalisations en grand format (80 cm par 40 cm). Et je me suis dit que ce serait sympa de te l’envoyer pour avoir ton retour.

Pochoir luminieux du Colibri de l'artiste Stew graffeur à Paris

Pochoir du Colibri du street artiste Stew en pochoir lumineux par Djé

Okay, Stew, est-ce que tu pourrais te présenter pour savoir un peu qui tu es?

S: Alors moi je suis né en 78, cette année j’ai 40 ans, je suis artiste, issu du graffiti de la scène urbaine, j’ai commencé comme beaucoup de gens à faire du graffiti traditionnel, des lettrage, ça fait un peu plus de 20 ans que je fait du graffiti. Et j’ai une formation de graphiste, j’ai été graphiste freelance pendant plus de 10 ans pour payer mes factures, et un jour la tendance s’est inversée, et j’ai pu me consacrer entièrement à la peinture, et plus particulièrement au pochoir, et au street art on va dire. Depuis à peu près 2006, je fais du street art. Alors ce que j’appelle du street art, c’est pas seulement du graffiti. Et maintenant depuis 10 ans je fais que ça, c’est mon activité principale. C’est ce qui paie mes factures aujourd’hui. Ce que je peux dire d’autre, je suis de nationalité française, mon père est métissé, et ma mère n’est pas française, elle a la double nationalité française et syrienne.

Je n’ai pas fait d’étude spécialement pour faire ce que je fais, je suis autodidacte. C’est plus l’étude de la rue.

J: Alors, tu viens de dire que tu es autodidacte, tes sources d’inspirations, qu’elles sont-elles?

S: Mes sources d’inspiration sont diverses et variées. Evidemment, je suis un acteur du mouvement street art, mais je suis aussi une groupie street art et graffiti. Je m’inspire beaucoup d’artistes contemporains dans le street art, mais aussi dans l’art contentorain et dans le classique. Et je ne pourrais pas vraiment dire ce qui m’inspire.

Ce qui m’inspire, quand on voit mes tableaux, ce sont les estampes japonaises. C’est comme ça que je suis venu à la couleur et aux motifs, c’est grâce aux estampes évidemment. Mes influences à la base ce sont les jeux vidéos et les mangas. Et ensuite ce sont les estampes japonaises et la nature tout simplement. C’est ma source d’inspiration principale.

Réalisation de Stew, les estampes japonaises Paris

Stew les estampes japonaises photo de Artistup.fr

J: Tu fais souvent des pochoirs d’oiseaux, de poissons aussi …

S: Oui, pour être sur la symbolique des animaux. Ce que je préfère c’est la liberté et la découverte et l’oiseau c’est vraiment ce qui symbolise ces deux aspects.

Réalisation pochoir par l'artiste parisien Stew dans les rues de Madrid

Stew pochoir street art oiseau à Madrid 2018 – Instagram: Stewearth 

J: Est-ce que tu pourrais décrire les étapes pour arriver à la réalisation du pochoir? Comment tu arrives à la réalisation et peindre sur le mur? Il y a plusieurs étapes avant, est-ce que tu peux me les décrire ?

S: Les étapes dans mon travail sont assez simples. Je fais d’abord une recherche iconographique. Ensuite, une phase de réalisation des dessins que je vais ensuite découper. Je dessine, je fais des montage photos pour avoir vraiment l’oiseau que je veux dessiner. Et une fois qu’il est dessiné,  si c’est sur papier je vais scanner.

Sinon je dessine aussi beaucoup sur tablette graphique, c’est-à-dire directement sur l’ordinateur avec un logiciel qui s’appelle Illustrator. Une fois que j’ai mon dessin vectorisé, je peux l’imprimer à la taille que je veux et ensuite je le découpe. C’est ce que je suis en train de faire en même temps que je parle, je découpe mon pochoir. (En effet Stew ne perd pas de temps, il me parle et me montre le pochoir qu’il est en train de découper dans son atelier).

Je découpe sur du papier avec un outil qui s’appelle un cutter ou un exacto. C’est comme un cutter, mais ça se tient plus comme un stylo et tu peux changer la lame assez facilement. Et ensuite une fois que j’ai fait tout ça, une fois que j’ai dessiné, découpé, c’est ce qui prend le plus de temps. Ensuite il y a la phase d’exécution, c’est là que je m’amuse le plus, c’est là que je mets de la couleur et je peins.

J: C’était l’année dernière je crois, c’est un projet qui a duré près de 2 ans avec le vol du colibri pour l’exposition “Battement d’ailes”, j’ai vu ce que c’était, mais est-ce que tu peux raconter l’histoire du projet et d’où cette idée t’es venue?

S: Le projet “Battement d’ailes”, c’est un projet d’animation. Il y a quelques années, j’avais vu une artiste qui s’appelle YZ yseult où elle avait fait chanter Aretha Franklin si je dis pas de bêtises, elle avait réalisé plusieurs pochoirs et ça faisait une animation. J’avais trouvé l’idée vraiment géniale. J’ai voulu faire aussi un projet d’animation pour animer mes pochoirs et le colibri vu qu’il peut faire du vol stationnaire, c’était assez facile pour moi de retranscrire le vol du colibri. J’ai donc isolé son vol et je l’ai décomposé en 25 images, j’ai fait 25 pochoirs. Je suis allé les peindre à 25 endroits différents dans la ville de Rome. C’est une ville très belle que je n’avais jamais visité. Je suis parti à Rome avec mes 25 pochoirs sous le bras et mes bombes. Je me suis balader dans la ville. Il y a un parcours qui s’est créé pour retrouver les 25 pochoirs et les photographier. Une fois que tu as compiler les 25 pochoirs, il y a une animation qui se fait à la manière d’un flic book.

Pochoir du colibri dans les rues de Rome projet battement d'ailes le vol du colibri street art

Stew pochoir du colibri pour le projet “Battement d’ailes” dans les rues de Rome -Pochoir #6 – photo de Rita Restifo

J: Et tu as exposé aussi ces pochoirs en galerie…

S: Oui, pour finaliser le projet, il y a eu une restitution en galerie, dans la galerie Artistique Rezo, où j’ai présenté le projet où il y avait évidemment les 25 pochoirs, de ces 25 pochoirs j’en ai fait 25 œuvres et on a fait une vidéo où l’on me voyait peindre dans la ville. On voyait l’animation du colibri qui s’envole et où j’explique ma démarche.

Exposition pochoirs battement d'ailes artiste Stew à la galerie Artistik Rezo à Paris

Stew – Exposition de la série “Battement d’ailes” avec les 25 pochoirs du vol du colibri à la Galerie Artisik Rezo à Paris – photo du site les billets de Miss Acacia

J: Cool. C’était ta première expo en galerie ?

S: Non. C’est ma quatrième ou cinquième expo.

J: Souvent dans le street art, il y a ce débat qui revient souvent la rue/la galerie… Toi comment tu vois les choses ?

S: J’ai un avis très simple. Soit ça part de la rue pour aller en atelier et ensuite retourner dans la rue. Soit ça part directement de l’atelier vers la rue. C’est comme ça que ça se passe pour moi. Je travaille en atelier et ensuite le travail que j’ai fourni en atelier je vais le réinjecter dans la rue. Tout simplement<.

Aujourd’hui mon atelier je le paye, j’ai des factures, j’ai ma fille, je lui donne à manger, je paye ses couches, si je fais que de la rue je ne gagne pas d’argent. Il faut donc que je rentabilise mon atelier, il faut que je rentabilise le temps que je passe dedans et le seul moyen de faire ça c’est de vendre mes toiles pour continuer à être un artiste et faire ce que j’aime. Il n’y a aucune honte à avoir lorsque l’on est street artiste de faire de l’atelier. Par contre je différencie le graffiti et le street art. Le graffiti, je continue à en faire. Les gens ne savent pas vraiment ce que je fais en graffiti, j’ai un autre blaze, et je n’ai aucune légitimité à faire du graffiti en galerie. Je ne suis pas un ancien, j’ai rien inventé dans le graffiti. Il y a des mecs par contre, qui ont une légitimité, comme Futura, il y a pleins d’artistes français qui ont droit de faire du graffiti comme Darko. Ce sont des gros noms du graffiti, eux ce sont les piliers du mouvement. Je fais autre chose, je fais du street art, et en galerie.

J: Okay. Tu reviens de Madrid ? J’ai vu sur les réseaux sociaux que tu était à Madrid pendant quelques jours…

S: Oui, c’est un truc qui est génial dans mon métier, c’est que je peux voyager. Et j’en profite pour visiter des villes et des capitales européennes. Je m’amuse à partir et aller peindre dans la rue. Peindre en hiver à Paris, c’est pas top. Et comme ça me démange d’aller peindre à un moment, je prends un billet d’avion et je pars dans des pays où il fait un peu plus chaud au mois de janvier pour peindre.

J: Il y a donc de nouveaux oiseaux et de nouveaux colibris à Madrid dans la rue…

S: Exactement.

J: Tes projets pour 2018, est-ce que tu peux en parler?

S: En ce moment, je bosse avec l’hopital de Saint Germain en laye dans la section psychiatrie, j’ai créé une oeuvre avec les patients pour leur salle de repos. Je trouve important d’aller mettre un peu d’art et de culture dans les endroits où les gens n’ont pas forcément accès, où c’est pas forcément la joie. Dans ces hopitaux, notamment en psychiatrie, c’est assez triste. Quand on m’a proposé le projet, j’ai trouvé ça génial de pouvoir amener un peu de couleur là-bas. Et comme ça s’est bien passé, je vais aussi peindre un mur extérieur de l’hopital. Et je ferais une expo à Saint Germain en laye, il y a un festival qui se monte là-bas.

Il y a pleins d’autres choses, mais je ne préfère pas trop en parler pour l’instant.

fresque de stew à l'hôpital de saint germain en laye par stew à paris

Réalisation d’un fresque à l’hôpital de Saint Germain en laye à Paris par Stew et les résidents – Photo Instagram: Stewearth 

J: Tu peux quand même nous dire que les oiseaux vont continuer à apparaître dans les rues de Paris, tu ne vas pas t’arrêter…

S: Non bien-sûr. Au printemps, ça va revenir. Avec les copains de l’atelier on va monter des expéditions punitives dans Paris (Haha !!! ).

J: Excellent. Pour finir, est-ce que tu pourrais me dire, Stew, d’où ça vient?

S: Stew, c’est un surnom qui me colle à la peau depuis que j’ai 4 ans. Ce sont mes parents qui m’ont surnommé comme ça. C’était une émission radiophonique qui alliée la musique et la bouffe. Stew, c’est le ragout ou la compote. Et comme je faisais le foufou sur le générique, mon prénom c’est Steven, Stew ça marchait bien. C’est un nom qui me colle bien parce que je suis métisse, c’est un peu le mélange des cultures. Je trouve que c’est un bon blaze.

J: Okay. Pour moi c’est fini, je voulais vraiment te remercier pour ce premier interview pour mon blog. Et on se dit à bientôt.

S: Merci, a bientôt ciao

Merci encore infiniment pour ce premier entretien. Bonne continuation Stew !