Après avoir réalisé plusieurs articles sur le light stencil, je démarre une nouvelle série tout aussi passionnante sur l’exploration rurale et urbaine, je vous le garantis ! J’espère que vos yeux sont bien accrochés !

 

Lorsque l’on est passionné de photos et le light painting, on s’intéresse forcément aux éléments qui nous entourent, notre environnement, le décor, le lieu de notre réalisation. Souvent, cela va embellir les photos faites par les tracés lumineux.
Un bon décor pour une belle photo.

 

Les forts perdus dans la nature sont l’un de mes terrains de jeu préférés pour réaliser du light painting.

Petit à petit, lorsque j’ai démarré le light painting, j’ai commencé à chercher des endroits chargés d’histoire, des décors merveilleux pour réaliser mes photos.

Mais sans grandes connaissances sur le sujet.

Et, vous savez bien, la vie est faite de rencontres… Qui d’autre qu’un passionné pour nous en parler !

Aujourd’hui, j’accueille mon ami Laurent, passionné d’exploration rurale. J’ai voulu l’interviewer pour qu’il nous fasse découvrir sa passion. On décrypte ensemble en quoi ça consiste et il nous partage quelques photos de ses explorations.

 

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Laurent, j’habite dans le Finistère. J’aime beaucoup ma région, son histoire, et faire de la photo en amateur. Mais je ne suis pas du tout attiré par le portrait, ou du paysage… je préfère de loin faire de la photo de concert, de la photo nocturne, ou des endroits atypiques (mais on va y revenir).

photo Rurex Finistère @Rurex Penn Ar Bed

Qu’est-ce que le rurex ? (Un dinosaure ?)

Haha ! Non, le rurex est l’abréviation de RURal EXploration, ou exploration rurale ; on l’oppose à l’urbex (URBan EXploration) qui elle se pratique en ville, ou en zone urbaine, comme son nom l’indique.

Donc non, ce n’est pas un dinosaure… encore qu’une rurex m’a permis d’en croiser un, une fois ! Un tyrannosaure en résine de plusieurs mètres de haut, dans une propriété abandonnée, une sorte de Jurassic Park avorté, selon les rumeurs.

On entend beaucoup parler d’URBEX (exploration urbaine), mais peu de RUREX (exploration rurale).

Le terme d’Urbex est devenu très générique ; la plupart des pratiquants que je vois sur le net l’utilisent même quand ils explorent des zones situées en campagne. Peut-être par mode, ou par méconnaissance, ou par facilité. Je préfère garder le terme de rurex pour qualifier mes explorations, qui définit vraiment les endroits que je visite. Les villes m’intéressent moins, du reste.

Comment t’est venue cette passion ?

Cette passion, à vrai dire, je l’ai depuis toujours. Plus jeune j’explorais déjà des endroits abandonnés avec les copains, sans avoir jamais eu l’idée d’en faire un passe-temps et encore moins d’y mettre un nom.
Puis plus tard, j’ai commencé à faire de la photo. Un jour, une discussion avec un pote a fait remonter le sujet “urbex” à la surface car il en faisait lui-même. J’avais un peu relégué l’appareil photo à cette période et ce fut l’occasion de le reprendre en main en liant mes deux centres d’intérêt. Depuis, la passion ne cesse de grandir, entre le plaisir de fouler du pas des lieux incroyables, et celui d’en ramener des clichés que peu de gens auront pu prendre.

Comme dans toutes les disciplines, il y a des codes, des règles, quels sont-elles dans le rurex (et l’urbex d’ailleurs) ?

Dans l’idéal, ça devrait être un peu comme le Fight Club, on ne devrait pas en parler !
Il y a une sorte d’éthique et puis, c’est surtout une question de responsabilité, de morale et de bon sens.

Mais les principales “règles”, ce serait : on ne donne jamais les adresses, on ne prend rien (à part des photos !), on ne casse rien, les seules traces que tu laisses sont celles de tes pas.
Ça permet d’essayer de préserver au mieux les endroits. Beaucoup de spots sont rapidement dégradés, taggés, voire pillés quand ils sont connus. Alors les passionnés sont plutôt responsables, et veillent à faire passer le message sur les forums et les réseaux sociaux.

Maison du Docteur M. – Photo @Rurex Penn Ar Bed

 

Maison du Docteur M. – Photo @Rurex Penn Ar Bed

Quels types de lieux abandonnés as-tu l’occasion d’explorer en milieu rural ?

Quelques maisons, des manoirs, d’anciennes mines, des églises, des moulins dont un avec une pierre tombale, perdu en pleine forêt aussi.
Mais ma préférence et, admettons-le, ma situation géographique, m’ont vite amené à explorer des bunkers et autres blockhaus.

Château L. – Photo @Rurex Penn Ar Bed

 

Hotel CSY – Photo @Rurex Penn Ar Bed

 

Batterie CC WWII – Photo @Rurex Penn Ar Bed

Combien de bunkers as-tu découvert ?

Oulah ! A vrai dire je n’ai pas calculé ! Si on compte le moindre petit blockhaus, je pense en avoir exploré peut-être entre soixante et quatre-vingt. Et j’en ai repéré encore au moins autant qu’il faut que je visite !

Comment tu t’organises ?

Je prépare mes explorations longtemps à l’avance. J’utilise beaucoup les photos aériennes du site Géoportail pour repérer les lieux, ainsi que le site du patrimoine culturel régional. J’utilise également Google Maps, et des sites plus spécialisés sur l’histoire des bunkers dans la région. Je repère les chemins que je vais emprunter (souvent j’essaie d’avoir deux options, si le premier est impraticable), et je vérifie également les marées si je dois accéder au spot par un bord de mer. Enfin, je préviens toujours un proche de l’endroit où je vais, par sécurité.

Qu’est ce qui te motive dans l’exploration rurale ?

Avant tout, je crois que c’est le simple plaisir de l’exploration, même s’il ne s’agit que de redécouvrir un endroit perdu. Se retrouver seul dans des lieux chargés d’histoire, dans un silence parfois religieux, est toujours impressionnant. Il y a aussi le fait que visiter des habitations en ville, même abandonnées, est illégal, ça appartient toujours à quelqu’un ; pour les bunkers, je n’ai pas cette problématique la plupart du temps.

Il y a évidemment le plaisir de faire des photos que très peu de personnes, voire même personne d’autre, n’auront pu prendre.

Enfin, c’est un peu pour l’adrénaline aussi.

Et ce qui est plus un peu plus personnel encore pour les bunkers, c’est qu’ils me rappellent toutes les histoires que me racontait ma grand-mère qui a vécu la seconde guerre mondiale. J’essaie de lire des articles sur les lieux que je visite, et l’histoire reprend place dans ce qu’elle me racontait de sa vie à l’époque.

Est-ce que tu peux nous raconter la découverte la plus marquante et pourquoi ?

La plus marquante, c’est un bunker pas très loin de chez moi. Tout d’abord, le chemin que j’avais repéré était impossible à emprunter tellement il était couvert de végétation. J’ai dû choisir l’option numéro deux : j’ai trouvé une amorce de chemin et j’ai retracé un autre sentier à grand renfort de machette.

Après plus d’une heure de débroussaillage et de petites escalades en bord de falaise, j’ai atteint le bunker mais l’escalier d’accès était en partie effondré. Il a fallu sauter, tout en sachant qu’il faudrait remonter à la force des bras.

L’endroit était impressionnant, le temps et l’oxydation avaient donné à l’endroit des teintes de couleurs terribles. Mais le plus dingue, c’était ce qu’on ne voyait pas depuis l’escalier en descendant, sur ma droite : une galerie creusée dans la roche, sous la falaise… grande comme une chapelle ! Plus de cinq mètres de haut, environ neuf mètres de large, et trente mètres de long, c’était resté dans l’état, comme si personne n’y avait mis les pieds depuis plus de soixante-dix ans. Je te garantis que j’ai eu ma dose d’adrénaline ce jour-là !

Batterie LTRB WWII – Photo @Rurex Penn Ar Bed

 

Batterie LTRB WWII – Photo @Rurex Penn Ar Bed

 

Batterie LTRB WWII – Photo @Rurex Penn Ar Bed

 

Quel matériel apportes-tu généralement avec toi ?

De bonnes chaussures de marche / rando à crampons et semelle très épaisse, mon téléphone batterie chargée et une batterie de secours, les applis de géolocalisation (Google Maps, Géoportail, Locus Map) ; ma machette pour se frayer un chemin si besoin et des chaps (les chaps sont un vêtement pour protéger les jambes) pour passer dans les ronces ; deux lampes torches, un foulard pour me protéger de certaines odeurs pas terribles parfois, une petite trousse de premiers secours, et souvent un truc ou deux à grignoter.

Enfin, mon appareil photo et son flash externe, mais parfois je fais des photos avec mon téléphone, moins encombrant. Et j’imprime très souvent sur du A4 les photos aériennes des endroits où je vais aller. J’y ai mis des notes, tracé les chemins. Le support papier, ça reste indiscutablement le plus fiable.

Il y a des collectifs ou des groupes spécialisés dans cette discipline, toi tu pratiques seul, pourquoi ?

Par sécurité d’abord. Il y a des risques, les lieux sont à l’abandon et pas entretenus, parfois effondrés. Je suis seul à me gérer, et mes risques sont toujours mesurés.

Et à vrai dire, c’est un peu égoïste aussi. Il y a des endroits que je ne veux montrer à personne parce que j’aime m’y retrouver seul ; enfin, pour avoir des photos hors du commun, et pour préserver les lieux.

Mais j’avoue que je fais parfois quelques exceptions pour des amis, surtout s’ils sont passionnés par des sujets qui me parlent et qui trouvent leur place dans les bunkers 😉 !
C’est ce qui s’est passé pour la session de light painting que tu m’as proposée ; le mix de ta passion dans les spots que j’affectionne nous a offert un super partage et des photos vraiment extra !
Je me laisserai assez facilement tenter pour renouveler l’expérience, et j’ai justement de nouveaux bunkers hallucinants à te faire découvrir !

Est-ce qu’il y a des collectifs ou des explorateurs urbains ou ruraux que tu suis particulièrement ?

Oui, quelques-uns en particulier sur les réseaux sociaux : Lor-Urbex-Pix, Fortifications de la presqu’île, Atlantikwall, et Bunkerarchéologie ; pour leurs photos, leur précision historique, leur boulot de reconstitution, leur passion…

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaiterait débuter ?

Idéalement commencer avec quelqu’un qui pratique déjà. Et commencer par des sites vraiment faciles d’accès. Il y a des tas de tout petits bunkers sur les plages par exemple, dans lesquels on peut rentrer (en chaussures, toujours), c’est toujours un début et sans grand risque.

Par la suite bien préparer ses explorations (plans, repérages, matériels, prévenir quelqu’un, etc…) et surtout ne jamais prendre de risques inutiles.

Et puis bien sûr, prendre son temps pour explorer les spots, savourer et y faire des tas de photos… ou du light painting !

 

Une petite dernière pour finir ?

Merci beaucoup Laurent pour cet interview, je prends note de l’invitation pour aller lighter ensemble.

Merci Laurent

Cet article est un peu surréaliste par ces photos, c’est ce que j’adore 🙂 J’espère qu’il vous aura plû autant que moi.

A très vite les Illuminé.es